
Le « clin d’œil aux artistes » consiste à inviter un ou plusieurs artistes ayant participé à une de nos expositions précédentes et à lui proposer de réaliser une petite collection d’œuvres spécialement consacrée au thème de la nouvelle exposition. Cette production est présentée dans notre ancienne bibliothèque de notaire dédiée aux œuvres de petit format.
La Maison du Chanoine n’étant pas une galerie qui représente de manière permanente des artistes, mais un lieu véritablement libre invitant des artistes, il nous a paru fondamental de tisser un lien fort avec et entre les artistes. Ces derniers témoignent d’ailleurs du plaisir partagé de se retrouver et de nous retrouver ainsi, d’expositions en expositions. Comme le suggérait le peintre Louis Debailleul, nous devenons alors tous « les membres d’une même famille dont le dénominateur commun est l’art ».
Ces collections capsules sont estampillées « Maison du Chanoine » et certaines œuvres peuvent s’acquérir bien après les expositions. Nous serons ravis de vous envoyer toutes les informations nécessaires concernant ces pièces.
Les céramistes Véronique Depondt et Fabien Mérillon qui avaient participé à l’exposition Exprimer l’essentiel : matières, signes et formes, ont inauguré le premier clin d’œil lors de l’exposition Bleu, la couleur de mes rêves. Ils ont proposé chacun des pièces émaillées dans leurs bleus emblématiques. Nous leur avions alors laissé la liberté de raconter leur vision du bleu. Voici leurs textes.
C’est sous le prisme sentimental que cette couleur, le bleu, s’est présentée. Le premier émail bleu que j’ai utilisé me vient de la céramiste avec laquelle j’ai commencé à approcher la terre. Il est toujours présent dans mon atelier, référencé sous son prénom : le « bleu Françoise ». C’est un bleu subtil, ni trop clair, ni trop foncé qui tire sur le lavande et vibre de plusieurs tonalités. Il est comme un tissu qui, sous l’effet d’un mouvement, fait varier les nuances. Cet émail habille suffisamment la porcelaine ou le grès pour attirer le regard tout en n’effaçant pas la forme de la pièce. Cette recherche d’équilibre idéal est fondamentale à mes yeux.
Le bleu m’évoque avant tout le ciel et son immensité. Mes autres émaux bleus se nomment d’ailleurs « bleu nuageux » et « bleu étoilé ». Comme un ciel changeant, ils peuvent être clairs car ensoleillés, vaporeux, voilés ou sombres comme une nuit sans lune et parsemée d’étoiles scintillantes. Ils racontent des histoires différentes et amènent le regard à survoler la surface quand ils sont lumineux ou à plonger dedans quand ils sont plus denses et profonds.
Le bleu ne fait plus parti de ma palette d’émaux orientée actuellement vers des tonalités naturelles embellies par des placages de métal précieux. Je suis toutefois heureux et ému de le retrouver à l’occasion de ce fil bleu que la Maison du Chanoine me permet de reprendre à travers de grands bols et des coupes.
Fabien Mérillon, 2025
Bleu…
Divine couleur !
Invitation merveilleuse !
De la couleur en soi à son union avec la forme et la matière ;
Empreintes, taille, volume jaillissant entre des mains amoureuses de la terre,
Quête d’un corps et de son manteau.
Bleu…Son dont la course semble ne connaître aucune limite,
Résonance intérieure,
Camaïeux qui ont vêtu et parfumé mon enfance.
Unique et multiple, personnel et universel,
Clair et lumineux, profond et sombre
Vibration du violon ou de la contrebasse…
Aquatique ou aérien, léger, dense ou grave,
Céleste et mystérieux,
Secret.
Bleu… qui es-tu ?
Une fenêtre sur l’infini,
Un disque d’azur,
Un ciel clair,
Une nuit profonde parsemée d’étoiles ?
Bleu…
Immensité vertigineuse !
Tu nous portes vers l’indicible, l’insondable.
Je contemple déjà ton mystère dans le bloc d’argile où des mains aveugles s’abandonnent
Et te porte en mon cœur.
Souvent je te rêve traversé d’un rayon vert, bordé ou clairsemé de sable, de feu et d’or,
Je me baigne tour à tour dans tes profondeurs océanes, ta voie lactée.
Et je regarde éclater ta vague glaciale et pure sur les rochers de granit à Ouessan.
Egyptien, grec, prussien, chartrain, indigo.
Comment te contenir et te donner à voir dans de si petites pierres d’argile ?
Que va‐t‐il naître de nos rencontres ?
Véronique Depondt, Poème, mars 2025
Une question ?