Histoire du lieu
La Maison du Chanoine se situe dans le hameau du Chaineau, à quelques kilomètres de Treigny. Elle est un témoin fondamental de l’histoire potière poyaudine grâce à ses deux fours couchés, typiques de la région et en bon état de conservation. Elle est aussi un lieu privilégié et réputé d’expositions d’art et de céramique organisées depuis la fin des années 1960 jusqu’à nos jours.
Au temps des fours couchés et du chanoine Grossier (1879-1968)
La Maison du Chanoine se compose de multiples bâtiments : ateliers, bûchers et fours qui formaient autrefois deux anciennes fabriques de poteries utilitaires. Il subsiste deux fours dits « couchés ». Le plus ancien four date de la fin du XVIIIe siècle et le second, bien plus grand, de la fin du XIXe siècle. Ils ne fonctionnent plus mais aident à comprendre l’organisation des ateliers de fabrication des céramiques traditionnelles. Sortes de tunnels voûtés, plus longs que hauts, les fours sont entièrement construits en briques. Au fil des cuissons de jadis, cendres et sels se sont vitrifiés aux briques formant de courtes stalactites bleutées scintillantes.
Les fours couchés servaient à fabriquer de la poterie utilitaire en grès destinée à stocker, préparer ou présenter nourriture et liquides. Bouteilles, gourdes, saloirs à anses et pichets ont été retrouvés sur le site.
Pierre-Georges Grossier, le fameux chanoine, est issu de la lignée des potiers qui possédaient les fours. Il entreprend, dans sa jeunesse, un apprentissage de potier, mais tous les fours cessant de fonctionner au début du XXe siècle, car concurrencés par la faïence, il embrasse une tout autre carrière. Ecclésiastique renommé, il est aussi poète, écrivain et historien, possède un temps le château de Ratilly et transforme le petit four en une chapelle consacrée où des treignycois furent baptisés !
Les expositions des Artistes de Bourgogne (1968-1980)
Le chanoine Grossier lègue sa maison à ses voisins et amis artistes, les Lepage, qui vont y organiser, pendant dix ans, des expositions de peintures, sculptures, céramiques, textiles et gravures, toujours intitulées Artistes de Bourgogne. Après le décès de son mari, Madame Lepage confie aux céramistes Robert Deblander, Alain Gauderbert et Jean-Michel Doix le soin de poursuivre les expositions. Celles-ci deviennent dès lors exclusivement consacrées à la céramique. Un cadre officiel se définit et donne ainsi naissance à l’Association des Potiers Créateurs de Puisaye (APCP).
L’APCP au Chaineau (1982-2005)
Chaque été, pendant plus de vingt ans, les anciens ateliers, les fours couchés et le verger de la Maison du Chanoine accueillent non seulement des expositions des plus grands noms de la céramique mais aussi des conférences, débats, démonstrations, cuissons, ateliers, projections, concerts… Le temps de l’APCP est une période intense et stimulante de rencontres et de projets tournés vers un public à la fois large et passionné. En 2005, un différend juridique opposant l’APCP aux héritiers Lepage contraint l’association à quitter la Maison du Chanoine. La municipalité restaure alors l’ancien couvent du village et permet ainsi à cette dynamique association de continuer à promouvoir la céramique dans un autre cadre tout aussi prestigieux.
Apporter notre pierre à l’édifice
En 2019, le hasard nous fait découvrir la Maison du Chanoine mise en vente par les héritiers Lepage. Collectionneurs de céramiques modernes et contemporaines et passionnés d’art, nous sommes souvent émus d’imaginer que tant d’artistes ont exposé en ce lieu. Le jardin, constellé de tessons de poteries anciennes qui sortent de terre dès qu’il pleut, prend des allures de chantier archéologique promesse de belles découvertes. Le plus fascinant demeure les deux fours couchés et leurs voûtes en briques en forme de carène inversée recouvertes d’émail étincelant.
Redonner vie et caractère à ce lieu s’impose dans un premier temps, puis proposer, à notre tour, des expositions dédiées à l’art et à la céramique devient une mission évidente, afin de nous inscrire dans cette si forte continuité culturelle.