Michel Hirlet (1936-2020)

Abstraire le bleu

Dans sa maison-atelier parisienne, Michel Hirlet a peint de nombreuses natures mortes dans une pièce qu’il avait consacrée à cette activité artistique pratiquée tout au long de sa vie, de manière plus ou moins régulière. Il préférait employer l’expression anglaise « still life » signifiant « vie immobile » qui insiste sur le fait que la vie se dégage des choses mêmes inanimées. Ce terme est moins péjoratif que le terme français de « nature morte » qui sous-entend un genre mineur et assigne à ces peintures un immobilisme quasi muet. Ces «still life» sont surtout pour Michel Hirlet un prétexte pour appréhender les volumes et travailler sur l’abstraction. D’une toile à l’autre, on retrouve toujours les mêmes objets : table, chaise, bouteille, pot, pichet, tasse, bol et parfois fruits qui lui permettent d’agencer des compositions variées. La palette est fantaisiste et ne correspond pas aux couleurs réelles des objets. Les peintures ne comportent aucune illusion de la profondeur, ni repères habituels tel un premier plan ou un fond. Elles sont dépourvues de jeux d’ombres et de lumières. Aucun relief n’est restitué, tout est plat. On voit d’ailleurs très bien la planéité du support et on distingue aisément la texture de la toile. La forme des objets est soit créée par la couleur, soit par des lignes blanches ou colorées qui cernent les objets et permettent ainsi de les distinguer du fond. Les volumes, les jeux de pleins et de vides ainsi que les rapports de proportions intéressent l’artiste dont l’objectif est de géométriser un objet de la vie quotidienne tout en le gardant identifiable. La palette est vive sur certaines toiles ou présente des tonalités sourdes et naturelles sur d’autres. Le bleu est souvent présent et sert à donner forme à l’objet ou à le délimiter.